
Si la ville m’était contée
Parce que l’on aime raconter et écouter des histoires. Car il s’agit
de la meilleure manière de faire passer messages, concepts ou
idées à autrui et cela, toutes disciplines confondues. Vouloir faire
de l’architecture sans recourir au scénario c’est se priver d’un outil
original dans sa démarche, pratique dans son utilisation et évocateur
dans sa présentation.
De l’approche préliminaire du projet, à son développement, et
jusque dans sa communication finale, l’acte de raconter une histoire
par le médium/média « architecture » aura été la volonté
principale. Une méthode, un outil pour aborder les discours sur la
ville, l’architecture, et expérimenter. Un scénario pour développer
un projet. Une histoire pour le transmettre aux autres.
«[…] Ce matin, j’ai imaginé que des hommes et des femmes
venus de tous les horizons de la connaissance, sociologue, mathématiciens,
historiens, biologistes, philosophes, politiciens, auteurs
de science fiction astronomes, [architectes ?], se réunissaient dans
un lieu isolé de toute influence. Ils formeraient un club : le club des
visionnaires.
J’ai imaginé que ces spécialistes discuteraient et tenteraient de
mêler leurs savoirs et leurs intuitions pour établir une arborescence,
l’arborescence de tous les futurs possibles pour l’humanité, la
planète, la conscience.
Ils pourraient avoir des avis contraires, cela n’aurait aucune importance.
Ils pourraient même se tromper. Peu importe qui aurait
raison ou tort, ils ne feraient qu’accumuler, sans notion de jugement
moral, les épisodes possibles de l’avenir. L’ensemble constituerait
une base de données de tous les scénarios de futurs imaginables.[…]
»
( L’arbre des possibles, Bernard Werber)
Plus concrètement l’utilisation d’un scénario permet de se créer
un contexte pour élaborer une réflexion, une utopie. Ce nouveau
contexte nous donne alors un recul et un détachement que l’on ne
possède pas en contexte réel.
On projette des scénarios plausibles dont le début se situe maintenant,
un arbre des possibles, et on répond à ces nouveaux contextes
par une proposition architecturale ou urbaine. Se créer un
contexte différent de ce que l’on connaît. Elaborer une spéculation
sur les temps à venir, utiliser un scénario, souvent prospectif, pour
explorer notre arbre des possibles. Celui-ci se présenterait comme
un arbre généalogique inversé. On part de « nous » pour aller dans
de multiples directions possibles ou chaque nouvelle séparation
correspond à un évènement, une invention, une catastrophe naturelle,
une guerre, une décision politique.
Il s’agit de provoquer la création par le scénario. Développer
un point de vue différent qui aurait valeur de recherche ou même
d’exercice et non de réponse absolue. L’utilisation d’un scénario
nous permet d’explorer notre arbre des possibles, mais également
de donner un terrain d’application pour expérimenter de nouvelles
formes, de nouvelles idées et concepts. Il se révèle donc un
moyen de palier à notre incapacité de la vie courante à aborder les
projets d’un oeil différent. Le fait de vivre dans un contexte nous
empêche de nous en extraire, le scénario nous le permet.
Comment relier ces neufs points avec quatre traits sans relever le
stylo ?
O O O
O O O
O O O
On est souvent retenu de trouver la solution parce que notre
esprit se cantonne au territoire du dessin. Or il n’est nulle part indiqué
qu’on ne peut pas en sortir.
En d’autres termes, pour comprendre un système il faut s’en extraire.
Cette phrase illustre un concept. Parfois on se trompe dans
l’analyse d’un évènement parce qu’on reste figé dans le seul point
de vue qui nous semble évident. Le scénario d’investigation nous
aiderait donc à ne pas rester figé sur un point de vue évident, et
peut être d’évoluer dans nos réflexions.
Le scénario comme une anti-sclérose à la créativité, l’utopie comme
expérience et non comme absolu.